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L'éthologie : un vrai métier scientifique

éthologie nom féminin
(grec êthos, mœurs et logos, science)
Étude scientifique du comportement des animaux dans leur milieu naturel.


Voila. Après des années passées à raler après les faiseurs d'argent, ces chuchoteurs du dimanche, j'ai rencontré les chercheurs qu'il me fallait. L'interet dans cette affaire est que d'une part ils confortent l'intuition que j'avais sur ces nouvelles méthodes de dressage et d'autre part ils sont capables d'expliquer scientifiquement les tenants et les aboutissants des méthodes et des techniques. En attendant d'aller plus loin avec leur station de recherche, voici un premier texte pour commencer à comprendre.

Gilbert DE KEYSER


POUR LA SAUVEGARDE DES CAVALIERS ET DES CHEVAUX,

POUR LA SAUVEGARDE DE L’EQUITATION FRANCAISE

SOYONS CLAIR.



Les éthologues de notre station de recherche, saturés par le bâtage médiatique autour d’une pseudo-éthologie et inquiétés par l’adhésion de la fédération et de nombreux cavaliers à cet endoctrinement se mobilisent pour remettre les choses au point. Notre vocation première est de faire de la recherche et de diffuser et non de rentrer dans des polémiques couvrant des intérêts commerciaux certains, mais alors que la fédération officialise ces pratiques, trop c’est trop et nous ne pouvons plus laisser dire et faire n’importe quoi sans réagir.

Tout d’abord le discours et les pratiques des chuchoteurs, nouveaux maîtres et autres ne sont en aucun cas de l’éthologie. L'éthologie est la biologie comparée du comportement animal. C'est une science qui demande des connaissances approfondie en biologie animale, en génétique, en neurophysiologie. De plus, on ne peut pas faire de l'éthologie sur une seule espèce : on ne comprendra rien au comportement d'un cheval ou de tout autre animal si on a pas déjà la connaissance en éthologie fondamentale et sur l'évolution des comportements liés à l’évolution du vivant. On ne peut comprendre les oiseaux que si on sait comment fonctionnent les poissons et les reptiles. Pour savoir comment fonctionnent les mammifères il faut savoir comment fonctionnent les oiseaux et les reptiles. Je doute fort que la génération spontanée de nouveaux maîtres en éthologie équine ait ce genre de connaissances ! On est à peu près dans le même rapport qu'entre le rebouteux et le médecin ostéopathe.
De plus, équitation éthologique ne veut rien dire : l'éthologie est une science d'observation, pas d'intervention sur l'animal.
Si encore leur pseudo-éthologie était sérieuse; mais ils propagent les bourdes les plus extravagantes avec un aplomb extraordinaire. En voici quelques exemples (hélas) non exhaustifs.

Tous insistent sur le modèle prédateur / proie du rapport homme / cheval.

Heureusement, la vie d'un cheval même dans la nature ne consiste pas à être une proie permanente et les programmes anti-prédateurs de fuite ou de défense n'ont pas l'occasion de fonctionner très souvent. Pour ce qui est de prédateur, nous voyons ces manipulations à peu près en permanence dans des attitudes de primate chasseur, poursuivant le cheval en agitant un bâton à l'extrémité duquel est noué un morceau de bâche en plastique noir, piétiner et autres grimaces que nous connaissons bien en primatologie dans les confrontations entre males.
Le bâton lui même est un morceau de tube métallique laqué blanc, coiffé d'un bouchon en caoutchouc à chaque extrémité qui a été mis à la mode par Pat Parréli sous le nom de « carot stick » le bâton de dressage parce q'il s'en sert parfois pour caresser le cheval; En bref, ils ont réinventé la cravache de dressage.

Notons également que « prédateur » n'est pas non plus un statut mais une activité vitale, la prédation obligatoire pour les carnivores et facultative pour les omnivores comme l'homme chasseur-cueilleur. Celui-ci peut très bien adopter un comportement cueilleur et s'insérer dans la vie sociale du cheval qu'il faut bien entendu connaître et non interpréter ce qui n'est pas le cas général.

Tous prêtent au cheval une organisation de type humain, et parlent de « chef dominant qui dirige », de « leader ou de jument qui conduit la harde » et autres fantaisies de livres pour enfants.

Ils ignorent que la structure sociale des chevaux est une structure de petit harem en réseau, c’est à dire ou tout le monde surveille tout le monde, d’un dizaine d’individus, poulains compris, ou chacun garde son autonomie et son indépendance et non une structure pyramidale avec un chef (ou tout le monde surveille un individu : le chef).
Il n’y a pas de chef chez les chevaux (rappelons qu’un chef est celui qui organise l’activité des autres. Un dominant est celui qui est prioritaire dans un accès aux bien de consommation et un leader, celui dont l’activité parait intéressante aux autres qui ont pour cette raison, tendance à l’imiter sans qu’il soit y soit pour rien). Les règles à respecter sont de ne pas s’écarter du groupe (l’étalon étant chargé de ramener les égarés par le herding qui est une activité de sécurité et non une activité de chef).respecter l’espace personnel et la priorité d’accès aux biens de consommation de ceux qui sont au dessus dans la hiérarchie de dominance et de faire respecter les prérogatives correspondant à son propre rang par ceux qui sont en dessous. Donc, dans le groupe personne ne dirige personne ; ceci n’empêche pas un fonctionnement cohérant du groupe basé sur l’imitation sociale, l’aspiration sociale, la phobie de s’écarter et le respect de la hiérarchie de dominance, qui entraîne une auto organisation permanente sans avoir besoin de « diriger ».

Ils ignorent qu’il existe différents types d’agressivité et pas seulement celle du prédateur (qu’eux même utilisent en permanence sous l’appellation « méthode douce ».
Outre l’agressivité de prédation mais aussi l’agressivité défensive, l’agressivité de compétition sociale et l’agressivité de dérivation d’angoisse ou d’irritabilité. Elles ont des fonctions fort différentes et n’ont en commun que de mobiliser l’axe HHA (Hypothalamus/hypophyse/adréno-cortical) que l’on appelle souvent « axe du mal » parce que cette mobilisation trop longue, trop violente ou trop souvent répétée est à l’origine de nombreuses pathologie.

Ils ignorent que la « soumission » obtenue par leur méthode dite du « joint Up » est en fait une aliénation pathologique connue sous le nom de syndrome de « Klüver-Bercy :

Cette pathologie est provoquée par les mises en fuite et les blocages répétés du « join-up » et des pratiques assimilées. Ces inhibitions de l’action cohérente du cheval entraînent une très forte activation de l’axe HHA qui aboutit à « shooter » l’animal par ses propres endorphines et entraînent des liaisons des noyaux amygdaliens latéraux du cerveau limbique (le cerveau des émotions) par la libération des radicaux libres provenant des mécanismes oxydatifs exagérés. Les animaux ainsi traités manifestent une soumission extraordinaire. Ceux qui étaient sauvages et avaient peur de l’homme se sont apprivoisés et n’ont montré ni peur ni agressivité.

Ils ignorent que le niveau de développement du cerveau du cheval, pratiquement dépourvu de cellules au niveau du néocortex associatifs ne lui permet pas de « comprendre » au sens humain du mot.

Le cheval n’atteint pas le niveau de la « décentration » qui permet à l’homme de se voir et se mettre à la place de l’autre. Il reste à un niveau égocentrique et sensoriel moteur : il perçoit des sensations et il y répond en fonction des programmes propres à l’espèce, de son tempérament, de son vécu et de se émotions. Comprendre n’existe pas dans le cerveau d’un cheval. Il ressent et réagit puis apprend en fonction des résultats de son action qui active soit le circuit de la récompense (MFB) soit le circuit de la punition (PSV). Les centres de décision de l’action restent chez le cheval à l’étage émotif du cerveau puisqu’il ne possède pas l’étage logique dont l’homme dispose.

Ils ignorent que tout débourrage rapide fait le nécessairement appel à l’inhibition conditionnée qui mobilise le système PVS et l’axe HHA dont nous avons parlé pour la soumission.

Le cheval « shooté » aux endorphines se laisse évidement monter et la méthode paraît douce car il n’y a pas de violence apparente. Toutes les pratiques qui visent à immobiliser rapidement le cheval rentrent dans cette catégorie et certaines basculent franchement du coté de la maltraitance. Les méthodes réellement douces font appel à « l’habituation » qui est un mécanisme physiologique de désensibilisation sensorielle progressive et non de blocage moteur. Elle a l’inconvénient d’être lente (au minimum 15 jours à 3 semaines) car elle repose sur un grand nombre de répétitions des stimuli avec une intensité faible au départ puis progressivement croissante.

Ils ignorent qu’un cheval adulte ne joue plus et que les « jeux » pratiqués ne le sont que pour l’homme

La fonction du jeu, uniquement chez les jeunes, est de roder les programmes d’actions qui seront utiles plus tard chez l’adulte. Chez celui-ci, les programmes ouverts du jeu se referment et les comportements qui ressemblent tellement à du jeu ne sont plus que des fonctions d’évacuation des tensions.

Ils ignorent que les agressions et les blocages qu’ils font subir en permanence à leur cheval provoquent obligatoire à plus ou moins long terme des séquelles variées.

Nous avons filmé une jument prise de colique pendant les manipulations effectuées comme « démonstration » par un intervenant connu et apprécié du public. Voici quelques séquelles possibles liées au stress de l’inhibition de l’action relevées dans diverses publications.
Diminution du flux sanguin dans des zones du cerveau, participant à la motivation et à la décision
La corticostérone produite entraîne des morts cellulaires dans l’hippocampe, partie du cerveau impliquée dans la mémoire et l’apprentissage,
L’accoutumance aux endorphines produites entrave la prolifération des cellules granulaires du même hippocampe,
Troubles de l’attention, de l’anticipation et de la prise de décision,
Troubles du sommeil,
Syndrome de résignation, syndrome de Klüver-Buçy
Ulcération gastrique, fréquentes chez les trotteurs,
Micro- hémorragie intestinale se traduisant par des coliques,
Tics variée (aérophagique, à l’ours, hypercinésie),
Baisse importante des défenses immunitaires (hyper sensibilité aux maladies banales, au parasitisme),

Ils ignorent que la vision n’est pas le sens de référence du cheval, mais que c’est toujours à l’olfaction que le cheval se réfère en dernier recours.

La position latérale des yeux lui donne une vision panoramique étendue mais pas de vision binoculaire donnant la vision du relief. Il ne possède pas de fovéa sur laquelle l’œil humain centre les images à l’aide des muscles oculomoteurs. Ses cellules ganglionnaires sensibles sont concentrées sur une étroite ligne naso-temporale, et le sens du relief est provoqué par le déplacement de l’image le long de cette ligne, l’œil restant relativement fixe. Pour percevoir le relief il faut donc que l’objet soit en mouvement par rapport au cheval ou que lui-même se déplace. Pour sauter un obstacle dans un saut de pieds ferme, soit il saute avec une très grande marge de sécurité soit il passe carrément à travers. D’autres caractères, comme la forme non sphérique de la cornée et un nombre d’aires visuelles dans le cerveau plus réduit que nous, le spécialise dans la détection très fine du moindre mouvement. Mais, par ailleurs, il essayera toujours de vérifier ce qu’il a vu en allant sentir, l’olfaction restant son sens de référence. L’audition elle, par la position des oreilles, indique vers quoi le cheval porte son attention et les deux oreilles tournées vers l’arrière, mais non plaquées, indiquent qu’il porte son attention vers ses sensations corporelles, par exemple lorsque nous utilisons une action des aides.

Ils ignorent que faire faire demi tour à un cheval sur la piste, tête vers l’extérieur, en lui barrant le passage, constitue une agression caractérisée (un chien de chasse fait ainsi pour faire changer de direction l’animal qu’il poursuit) provoquant ainsi fuite et stress.

De récents enregistrements au cardio fréquencemètre effectués dans notre station sur le changement de main par aspiration vers l’intérieur et par barrage et demi tour vers l’extérieur ont montré que la première méthode, pour un cheval donné, maintenait le rythme au environ de 130 pulsation par minute et entraînait même une baisse de plusieurs points pendant le mouvement. Au contraire, la seconde méthode entraîne un pic brutal de fréquence qui monte au environ de 200 pulsations. Il en est de même pour la pratique de join up qui entraîne non plus un pic mais un large palier durable à cette fréquence très élevé.

CONCLUSION

Nous arrêterons là cette énumération car on pourrait écrire un livre entier avec ce qu’ils ignorent et enseignent néanmoins avec aplomb, sans aucune qualification ou avec des diplômes auto créés au dépend de ceux qui ont passé du temps à obtenir un BE. L’analyse éthologique des écrits, des discours et des pratiques sur le terrain de chacun d’eux qui a été entreprise par notre station de recherche fait ressortir que :

Tous sont des manipulateurs efficaces de chevaux (et pas seulement de chevaux). Se préoccupant peu du bien fondé de leur discours ou de leur pratique du moment qu’il obtiennent des résultats rapides et de préférence spectaculaires, ce que Georges Charpak appelle « l’effet barnum ».

Ils utilisent des méthodes qui n’ont rien de nouveau, puisqu’elles sont utilisées depuis ces décennies dans le dressage des chevaux de cirque que nous avons étudié dès les années soixante. Elles sont basées sur des conditionnements de type S et sur des inhibitions conditionnées qui ont pour résultat de robotiser le cheval, ce qui est utile pour le spectacle mais mène à une impasse en ce qui concerne l’équitation classique. Leurs écrits et leurs discours, particulièrement adroits, sont très plaisants et correspondent très bien au discours que les cavaliers, déçus de la pédagogie actuelle sont heureux d’entendre. Les mots respects, confiance, accord du cheval reviennent sans cesse alors qu’il faudrait parler d’aliénation

Car malheureusement, leur pratique ne correspond jamais au discours qui l’accompagne. Cette pratique est d’autant plus dangereuse que la violence qu’elle utilise n’est pas une violence visible de l’extérieur. Elle s’apparente plutôt à ce que l’on connaît chez l’homme sous le nom de lavage de cerveau. Nous avons vu et enregistré un cheval faire une colique et un autre s’arrêter en sueur, la verge pendante ce qui signe un taux élevé d’endorphine dans le sang.

Les méthodes classiques de débourrage avec travail à la longe suivi de travail aux longues rennes avant tout travail monté, exécuté en prenant du temps (en moyenne un mois), et le travail monté correctement pratiqué selon les principes de l’école française sont certainement plus douces.

Il est certain que la pédagogie et la pratique dans l’école française nécessiteraient un dépoussiérage utilisant les connaissances récentes en éthologie scientifique, en neurophysiologie, (isopraxie, neurones, miroirs), en biomécanique ect. Si nous souhaitons que l’objectif dans notre pays ne s’oriente pas uniquement vers une équitation de tout terrain, sans selle et sans embouchure et avec un grand chapeau.

Article écrit par Jean Claude BARREY


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